Un projet inadapté et inopportun pour tous, et inacceptable pour les riverains

Michel LAPLACE
Thématique : L'utilité et les alternatives du projet
Date de création : mardi 13 juillet 18:12
Date de publication : jeudi 15 juillet 09:47

Bonjour,

Comme plusieurs participants l’ont souligné lors de la réunion publique du 30 juin à St Priest, je m’étonne qu’une consultation sur un sujet comportant des enjeux aussi forts puisse avoir été programmée en pleine période estivale. De fait, cela réduit de près de la moitié la durée annoncée qui est de trois mois. Cette amputation du temps de concertation n’est pas de nature à donner confiance, malgré toutes les assurances des promoteurs du projet s’agissant d’une concertation ouverte, démocratique et respectueuse des oppositions au projet.

Sur le fond, il n’est pas contestable que l’A 46 Sud est saturée plusieurs heures par jour. C’est un fait dont peuvent témoigner les usagers et les habitants du Sud-est Lyonnais, que ceux-ci soient utilisateurs réguliers ou occasionnels, ou même s’ils n’empruntent pas cet axe de communication. L’engorgement s’est objectivement aggravé au fil des ans depuis 1993 puisqu’on peut dénombrer désormais jusqu’à 100 000 véhicules par jour sur certains tronçons. Parce que nous sommes nombreux à emprunter l’A 46 Sud soit de manière régulière, soit de temps à autre, ou que nous pouvons observer la densité de la circulation en passant à proximité, nous ne nions pas le problème et sommes conscients que la recherche de solutions à cette difficulté de circulation est une nécessité.

Cependant, la réponse proposée par les pouvoirs publics (services de l’Etat, Préfet du Rhône) et le concessionnaire (ASF, filiale de Vinci Autoroutes) qui prévoit d’une part un élargissement à 2 fois 3 voies de cet axe dédié tant au transport local qu’international, et d’autre part, un nouveau nœud autoroutier à Manissieux (croisement A 43 A 46 Sud) me paraît une solution inadaptée et inopportune pour tous, et inacceptable pour les riverains impactés. Ceux-ci semblent d’ailleurs les grands oubliés du projet.

Mon point de vue s’appuie sur trois raisons au moins, avec arguments à l’appui de chacune :

1- C’est un projet à courte vue :

Tout d’abord, les pouvoirs publics n’apportent pas la preuve qu’ils ont étudié avec autant de détermination d’autres solutions. Par exemple, une amélioration substantielle de la fréquence et des types de transports en commun sur le secteur engorgé, un développement important du ferroutage pour limiter la circulation des poids lourds, la promotion du covoiturage et celle des voies cyclables, la combinaison de tout ce qui précède ou encore quelque autre projet alternatif. Quel serait le coût respectif de ces différentes hypothèses ? Ces projets potentiels seraient autant de solutions pour réduire durablement le trafic des véhicules, en particulier celui des plus polluants comme les poids lourds. En complément, quid du Grand contournement Est ? Est-il encore un projet à plus long terme ou est-il définitivement abandonné ? De plus, où se situe la cohérence d’ensemble de ces différents projets, et quelle est leur pertinence en raison de la prégnance des enjeux climatiques (cf. 3) ?

Ensuite, si l’on constate une augmentation des accidents sur l’A 46 Sud (une des raisons pour lesquelles l’élargissement est préconisé), pourquoi ne pas d’abord et immédiatement agir pour réduire la vitesse – celle des poids lourds notamment - et augmenter les contrôles ?

Enfin, autre et principale inquiétude : le fort risque, pour ne pas dire la quasi-certitude que ce projet d’élargissement à 2 fois 3 voies ne désengorgera pas cet axe ou qu’il remplira son objectif seulement pour une durée très limitée. En effet, l’expérience montre que chaque fois que l’on offre plus de couloirs de circulation, on développe invariablement le trafic. On peut donc soutenir que cet élargissement - comme ce fut le cas dans d’autres situations similaires - ne manquera pas de jouer le rôle « d’aspirateur à trafic ».

2- C’est un projet inégalitaire entre territoires :

En effet, les nuisances seraient une nouvelle fois délibérément renforcées à l’Est et subies par les seules communes du Sud-est lyonnais et par leurs habitants. En complément, ce projet semble vouloir pallier les erreurs de décisions prises il y a quelques années. Par exemple, comment le déclassement de l’A6 A7 a-t-il pu être décidé par la Métropole puis validé par l’Etat sans une solution alternative effectivement mise en œuvre à ce jour ? Pourtant, sur le site de Lyon Mag, le 3 mai 2016, on pouvait lire ceci : « L’Etat n’entend pas laisser les acteurs locaux s’activer seuls dans ce chantier, il "poursuit ses études pour un grand contournement autoroutier de Lyon", pour prendre en charge le futur trafic routier bientôt orphelin de l’A6 A7 sous Perrache et Fourvière. »
De plus, comment se fait-il que seuls les élus de l’Ouest lyonnais soient entendus lorsqu’ils s’opposent à l’augmentation de nuisances dans leur secteur, tous les projets situés à l’Ouest ayant été successivement abandonnés – le tout dernier étant l’Anneau des sciences ? Les élus des communes du Sud-est lyonnais qui sont impactées sont très largement défavorables au projet et, fait à souligner, quelle que soit leur opinion politique. Les décisionnaires qui présentent et soutiennent ce projet peuvent-ils dès lors rester sourds à l’opposition argumentée de nos élus démocratiquement élus, soucieux de la santé et de la qualité de l’environnement de leurs administrés ?
Si les seules oppositions de l’Ouest lyonnais (élus, habitants) à tout projet de contournement ou à quelque décision entraînant de nouvelles nuisances étaient prises en compte, cela reviendrait à ce que les élus et résidents du Sud-est lyonnais ne comptent pour rien par rapport à ceux de l’Ouest Lyonnais. Un tel choix délibéré serait inadmissible sur le plan démocratique. En outre, pareil déséquilibre dans la prise en compte des oppositions des élus risquerait d’alimenter un peu plus encore la défiance envers certains et de ce fait la crise de la représentation. Faut-il rappeler les chiffres d’abstention aux élections locales de juin dernier, en particulier dans les communes concernées par ce projet ?

3- Plus grave encore, c’est un projet inadapté aux enjeux d’urgence climatique :

Le 1er juillet dernier, le Conseil d’Etat a été très clair à ce sujet et il a donné neuf mois à l’Etat pour prendre des mesures supplémentaires afin d’atteindre l’objectif de baisse de 40 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2030. Dans ces conditions, comment imaginer que le projet d’élargissement de l’A 46 Sud puisse répondre à cette obligation d’agir pour le climat ? N’est-ce pas une nouvelle preuve d’une fuite en avant irresponsable et d’une vision de seul court terme qui ne prend pas assez en compte les enjeux climatiques pas plus que l’état dans lequel nous laisserons notre planète aux nouvelles générations ? Autrement dit, ce projet n’est-il pas une mauvaise réponse à un problème mal posé, une ébauche de solution à une difficulté non contestée mais sans avoir pris suffisamment en compte les paramètres les plus déterminants pour élaborer la réponse ? Comment imaginer en effet que donner la possibilité de développer le trafic routier et sa pollution soit un choix cohérent par rapport à la première urgence, celle d’agir pour le climat ?

De manière connexe, pour quelles raisons les pouvoirs publics resteraient-ils hermétiques à la prise de conscience des citoyens qui commencent à bien intégrer, pour peu qu’une information impartiale leur soit donnée, la nécessité de changer profondément et urgemment nos modes de vie les plus consommateurs d’énergie carbonée ? Par exemple, la Convention citoyenne pour le climat a su montrer cet engagement avec force et efficacité.
Dès lors, comment se fait-il que des citoyennes et citoyens soient si souvent plus conscients que les pouvoirs publics et qu’ils soient aussi des acteurs plus exemplaires - à leur niveau - face aux défis climatiques ? Il revient pourtant aux pouvoirs publics (en premier lieu, à l’Etat) de montrer l’exemple et de piloter cette transition. Car ce sont eux qui doivent être les premiers responsables de l’action pour le climat et ils disposent des principaux moyens pour atteindre cet objectif !

Les habitants de St Priest subissent déjà sur leur territoire qui se densifie les nuisances liées à l’A 43, à l’A 46 Sud actuelle, à l’aérodrome de Bron (survol à basse altitude et couloir d’atterrissage des avions).
Les trois tracés du nouveau nœud autoroutier avec l’A 43 ne sont pas plus acceptables que l’élargissement de l’A 46 Sud. En effet, ils seraient synonymes de destruction ou de dégradation de zones protégées, de zones agricoles, de sentiers pédestres et d’une limitation des voies vertes. Bien entendu, ils signifieraient aussi pollutions visuelle et sonore, pollution de l’air, dépréciation sensible des biens immobiliers pour tous les riverains. Il ne fait pas de doute que ce sont les habitants du quartier des Marendiers qui seraient les plus impactés, notamment par le tracé A privilégié par Vinci, celui qui passerait à quelques dizaines de mètres à peine de certaines maisons !

En complément, lors de la réunion publique du 30 juin, des questions sont restées sans réponses ou celles-ci n’ont pas été convaincantes :
- Pourquoi dans les calculs de qualité de l’air mis en avant par les promoteurs du projet, les effets des particules fines et très fines (de loin, les plus nocives) n’ont-ils pas été pris en compte ?
- Comment espérer réduire la pollution comme annoncé, alors même que le trafic - en le supposant un temps plus fluide - sera assurément plus important à terme ?
- Pourquoi le tracé privilégié par Vinci pour le nouveau nœud de Manissieux (comme par hasard le moins cher !) est aussi celui qui apporterait en l’état le plus de nuisances à ses riverains ?
- Pourquoi aucun des tracés de ce nouveau nœud de Manissieux ne propose-t-il un enfouissement des chaussées pour de moindres nuisances aux riverains ?

En s’opposant à ce projet, il n’est pas question de remettre en cause le droit à la mobilité qui est « au cœur de la promesse républicaine », comme l’a rappelé le sous-préfet lors de la réunion du 30 juin, mais de le confronter à d’autres impératifs : urgence climatique, santé des riverains, fragilité des équilibres environnementaux, qualité de vie des habitants, notamment ceux des zones les plus impactées par le projet.

Madame et Messieurs les garants du débat, nous sommes nombreux à espérer que vous serez sensibles aux arguments des habitants du Sud-est lyonnais - ceux de Saint-Priest en particulier - qui sont résolus dans leur opposition à ce projet inacceptable.

Bien entendu, si la décision de ne pas mettre en œuvre ce projet était prise à l’issue de la concertation - comme nous voulons encore l’espérer - il reviendrait aux services compétents de l’Etat de rechercher en concertation avec toutes les parties prenantes (élus, associations, automobilistes, citoyens volontaires, etc.) une solution-compromis plus acceptable par tous. Cette autre solution s’appuierait à la fois sur l’obligation de privilégier les impératifs de l’urgence climatique, sur la volonté d’équilibrer les contraintes entre tous les territoires entourant Lyon et sur la nécessité de proposer enfin une vision à moyen et long termes.

Bien cordialement

Michel Laplace